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 L'histoire du cinéma

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Underworld
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MessageSujet: L'histoire du cinéma   Sam 21 Nov - 0:09

origine et expérimentation

Le phénomène physiologique de la persistance rétinienne est observé au XVIe siècle et XVIIe siècle par le Chevalier d'Arcy et Isaac Newton. Ce défaut de l'œil, cumulé à celui de la capacité du cerveau de lier entre elles plusieurs images séparées, permettent la création d'un artifice reconstituant le mouvement. La première démonstration scientifique est la roue de Faraday en 1830, suivent différents objets tels que le thaumatrope, le phénakistiscope, le zootrope, le praxinoscope ... Leur exploitation commerciale sous forme de jouets devient d'ailleurs courante à partir de 1850. Le général autrichien Franz von Uchatius les améliore d'un système de projection en 1853, inspiré de la lanterne magique qui existe depuis le XVIe siècle, ancêtre du projecteur. La photographie, quant à elle, naît en 1839 sous l'impulsion de Jacques Daguerre. Reste à combiner les appareils reconstituant le mouvement avec la photographie.

Eadweard Muybridge a précisément l'idée en 1878 d'aligner vingt-quatre appareils photographiques pour décomposer le mouvement d'un cheval lancé au galop. Les photographies sont par la suite intégrées dans un dispositif de son invention, le zoopraxiscope, qui permet de voir s'animer la course du cheval. Étienne-Jules Marey qui travaille également sur le mouvement des animaux crée en 1882 un fusil photographique qu’il dote ensuite d’une pellicule : le chronophotographe.

Émile Reynaud donne naissance au théâtre optique. L’homme est davantage versé dans le dessin que dans la photographie. Il dessine directement sur la gélatine des intrigues de sa création qu'il fait défiler et projeter devant les spectateurs. L'américain George Eastman invente la pellicule permettant ainsi d'aligner plusieurs images en négatif sur un film transparent. Louis Aimée Augustin Le Prince construit et dépose le brevet d’une caméra le 11 janvier 1888. Il effectue des prises de vue sur le pont de Leeds et dans sa propriété de Roudhay en Angleterre en octobre 1888. Ces essais mal connus pourraient s'avérer les plus anciens films existants. Cependant, en 1890, après avoir amélioré sa caméra, l’inventeur disparaît mystérieusement dans le train express Dijon-Paris. En Angleterre l’inventeur William Friese-Greene met au point une caméra capable de fixer dix images par seconde à l'aide d'un film perforé.

Suite à une rencontre avec Eadweard Muybridge puis avec Étienne-Jules Marey, le célèbre inventeur américain Thomas Edison avec son collaborateur William K.L. Dickson invente le kinétoscope en 1888. L'appareil qui va connaître une déclinaison commerciale réussie, permet à un spectateur de visualiser des films courts au travers d'une lorgnette. On le trouve dans des salles qui lui sont spécialement dédiées et dans les fêtes foraines. Le kinétoscope est vendu dans le monde entier. Pour alimenter ce commerce, la compagnie d’Edison construit le premier studio de l’histoire: la Black Maria. Bâti sur des rails qui permettent de capter au mieux la lumière du soleil suivant les heures de la journée, William K.L. Dickson y tourne au moyen du kinétographe – la caméra brevetée par la société – des centaines de films d’une minute, extraits de pièces de théâtre, combats de boxe etc …

Le nom « cinématographe » apparaît lui dans un brevet déposé le 12 février 1892 par Léon Bouly, d'abord sous l'intitulé « cynématographe Léon Bouly », puis « cinématographe », dans un autre brevet qu'il dépose le 27 décembre 1893. Le même nom en anglais, « cinematograph », est utilisé par Jean Le Roy en 1895. Ces inventions permettent de faire de la prise de vue, voire de projeter des images. En réalité, partout dans le monde les inventeurs se lancent à la conquête de l’image animée. Certaines de ces inventions n’auront parfois ni brevets ni descendance. Cette riche période d'expérimentation scientifique et cinématographique, aussi appelée pré-cinéma constitue les débuts du cinéma. D'une façon plus ou moins directe, toutes ces expériences concourent à la naissance du cinéma dans sa forme contemporaine.

La naissance

On date généralement la naissance du cinéma à la première projection publique donnée par les Frères Lumière à la salle de l'Eden de la Ciotat le 21 septembre 1895 puis au Salon indien du Grand café de Paris le 28 décembre 1895[2]. Elle a cependant été précédée de plusieurs répétitions. C'est en effet le 22 mars 1894 dans les locaux de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale à Paris, qu'a lieu la première représentation de ce qui devait être le premier film des deux inventeurs : La Sortie de l'usine Lumière à Lyon. Suivent des représentations à Lyon, à Bruxelles, à La Ciotat avec au fur et à mesure, de nouveaux films tournés pour l'occasion (Le Repas de bébé, Les Forgerons, Le Débarquement du congrès de photographie à Lyon, La Pêche aux poissons rouges …). Les frères Lumière déposent le brevet de leur cinématographe le 13 février 1895.
À la différence d'autres appareils de projection, le cinématographe Lumière, à la fois caméra, tireuse et visionneuse, supplante les autres procédés de reproduction du mouvement utilisés jusqu'alors. Il est plus léger, plus commode que les autres systèmes. La qualité des prises de vues est aussi meilleure que celles du kinétographe - moins précises et plus spectrales[3]. Son originalité est de comporter un mécanisme d’entraînement qui permet une plus grande fluidité de l’image animée et une projection élargie. La première séance du Grand Café publique et payante est enfin celle dont le retentissement est le plus important[4]. Ce 28 décembre, alors que la salle est peuplée d'une trentaine de personnes, l'engouement qui naît fait date et le bouche à oreille aidant, le Salon indien ne devait par la suite plus désemplir. Aussitôt la représentation achevée, les offres d'achat pleuvent sur les inventeurs. Le gérant du Musée Grévin, celui des Folies Bergères et Georges Méliès qui y assistent, surenchérissent pour s'accaparer l'appareil. En vain puisque Auguste Lumière refuse de le leur vendre. En effet, les frères Lumière conservent pour eux l’exploitation de leur invention. De fait, dans plusieurs pays, d’autres inventeurs mettent rapidement au point des appareils équivalents et le cinématographe doit subir leur concurrence.

Le 23 avril 1896, réalisant que la projection publique allait prendre le pas sur son kinétoscope, Thomas Edison acquiert le brevet du Phantascope mis au point par Charles Francis Jenkins et Thomas Armat et le rebaptise « vitascope »[5]. Au Royaume-Uni, Robert William Paul exploite déjà un plagiat du kinétoscope ; il commercialise bientôt un appareil de projection sous le nom d’« animatograph » ou « theatrogoraph ». En Allemagne, c'est Max von Skladanovsky qui passe pour l'inventeur du cinéma avec son bioscope dont il fera une démonstration publique le 1er novembre 1895, avant celle du salon indien mais la machine plus lourde et moins pratique que le cinématographe ne soutient pas la concurrence[6].

Propagation de l'invention et premiers avatars

Les frères Lumière forment et envoient des opérateurs de part le monde pour faire la promotion de leur cinématographe. Dans les pays qu'ils traversent, Charles Moisson, Francis Doublier, Félix Mesguich, Alexandre Promio, Gabriel Veyre tournent et projettent leurs réalisations devant un public médusé. Le 20 février 1896, à Londres, le cinématographe fait salle comble, en mai, Mesguich est porté en triomphe à New York pendant qu’Eugène Promio donne la première projection publique que connaît la Russie à Saint-Pétersbourg. L’invention voyage aussi à Bombay (7 juillet 1895), à Osaka (1897), en Amérique latine et en Chine (1899). Au passage, la société des frères Lumière concède des licences d’exploitation de l’appareil notamment au Royaume-Uni et en Russie. Ces démonstrations assurent non seulement la publicité de l'appareil mais également celle plus générale du cinéma. Des productions locales de films ne tardent pas à voir le jour.

Le Danemark voit en 1898 son premier cinéaste Peter Elfelt filmer les vacances d’été de la famille royale danoise à l’aide d’un appareil de sa propre fabrication[7]. La première bande allemande est aussi tournée en 1898 montrant une promenade de jeunes gens dans la Forêt-Noire[8]. Au Japon, Shiro Asano tourne des vues de Tokyo dès 1896, et filme des geishas[9]. L'apparition du cinéma est plus tardive dans d'autres pays comme en Chine dont le premier film connu, La Montagne Dingjun, constitué de trois scènes d'opéra est daté de 1905. L'Italie se lance dans la production cette même année avec une course automobile[10]. La Russie, elle, n'entame véritablement son histoire cinématographique qu'en 1907 avec le photographe Alexandre Drankov qui fonde son propre studio[11].

Le cinématographe devient assez vite un enjeu commercial. Thomas Edison déclenche en 1897 ce qu’on a appelé la « guerre des brevets ». Fort d’un cabinet d’avocats puissant et d’une milice à sa solde, il repère et poursuit tous les concurrents pour s’assurer le monopole de la production de films et de l’exploitation de son vitascope[12]. En janvier 1897, à Chicago, Félix Mesguich est arrêté pour avoir sans autorisation filmé une scène dans la rue. Cette même année, en juin, du matériel cinématographique est saisi par les douanes. Sous la pression, la filiale américaine des Lumière ferme boutique et son directeur se voit précipitamment quitter le pays. Un an après, ne restent plus que deux studios américains : la Vitagraph Company of America de Thomas Edison, et l’American Mutoscope and Biograph Company, société cofondée par William Dickson, qui exploite le mutoscope puis met au point la biograph, une caméra imposante mais de grande qualité[13].

Cette même année 1897, en France, l'incendie du Bazar de la Charité marque suffisamment les esprits pour freiner le développement du cinématographe et entâcher sa réputation. C'est la lampe à ether d'un projecteur qui est l'origine du drame qui va faire une centaine de victimes. Le lieu était fréquenté par la classe bourgeoise qui considèrera encore longtemps le cinéma avec circonspection, sinon mépris[14]. La méfiance qui entoure alors l'invention retarde aussi l'apparition de salles d'exploitation permanentes[15]. Au moins jusqu'en 1903, le cinéma demeure avant tout une attraction foraine.
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